La colline du Parlement a abrité une Tribune des journalistes avant même la Confédération. En 1866, les édifices du Parlement ont ouvert leurs portes dans la nouvelle capitale du pays. Cet été-là, l’Assemblée législative de la province du Canada (composée du Québec et de l’Ontario) a tenu sa dernière session dans ces nouveaux quartiers, et les journalistes en ont été témoins.
 
On a accordé aux journalistes de l’espace dans une Tribune située au-dessus du Président de la Chambre des communes et deux pièces dans la partie nord‑ouest de l’édifice du Centre, soit dans la tour du Président. Leur salon, à cette époque, surplombait les chutes des Chaudières et les collines du Québec. Plus tard, leurs locaux ont été déménagés à l’avant de l’édifice.
 
Le Dominion du Canada, tout juste instauré en 1867, a ouvert sa première session le 6 novembre. Comme le Hansard n’existait pas encore, c’était un groupe de journalistes de diverses villes canadiennes qui s’efforçaient de tout prendre en note. Des bibliothécaires découpaient avec soin les comptes rendus de certains de ces premiers chroniqueurs et les recollaient dans des albums pour conserver des archives permanentes de ces premières années des débats jusqu’à ce que des rapports officiels soient commandés en 1875.
 
George Holland, courriériste au Sénat présent en 1867, a fait état de la présence à cette session de représentants de divers journaux, notamment le Toronto Globe, le Toronto Leader, le Hamilton Spectator, le Montreal Herald, La Minerve et le St. John Freeman.
 
On ne connaît la date exacte à laquelle la Tribune est devenue une association, car l’incendie de l’édifice du Centre, survenu en 1916, a détruit la majeure partie des archives de l’époque.
 
Dans un article sur la Tribune de presse paru dans le Toronto Globe en 1895, le correspondant Joseph E. Atkinson indique que le journaliste du Montreal Herald Edward Goff Penny, qui a couvert les débats à l’Assemblée législative à partir des années 1850, en est devenu le premier président en 1869. Son petit-fils, Edward G. Penny, mentionne dans ses mémoires que son grand-père était le premier président de la Tribune de la presse parlementaire.
 
Parmi les autres personnalités marquantes de l’histoire de la Tribune figurent Thomas White, considéré comme le « père fondateur » de l’association. Il aurait assisté, à deux exceptions près, à toutes les sessions de l’Assemblée législative et du Parlement du Canada entre 1852 et 1878, année où il a été élu député. D’après la liste des présidents de la Tribune dressée par Joseph E. Atkinson, M. White a assuré sans interruption la présidence de l’association de 1871 à 1878, alors que son frère et lui étaient propriétaires du très influent quotidien Montreal Gazette.
 
Les notes non officielles du Hansard datant de 1874 font état d’une réunion de la Tribune cette année-là et indiquent que « plusieurs règlements régissant la Tribune ont été adoptés, dont celui qui interdit l’accès à la Tribune aux employés du service civil de la fonction publique, et un autre selon lequel le mandat du président de la Tribune doit être de la même durée que la législature. »
 
La Tribune n’acceptait aucune femme journaliste parmi ses membres jusqu’à l’arrivée de Mme Genevieve Lipsett-Skinner du Vancouver Sun en 1922-23, quoique certaines étaient présentes dans les tribunes de la presse et des visiteurs dès les années 1880.
 
À cette époque, la Tribune se composait d’hommes sténographes qui prenaient une quantité colossale de notes sur les interventions à la Chambre des communes ou au Sénat, ainsi que de journalistes chevronnés (parfois des rédacteurs en chef, voire des propriétaires de journaux), qui écrivaient les éditoriaux et faisaient des croquis. Les caricaturistes étaient aussi membres de la Tribune.
 
Des correspondants étrangers faisaient également partie de la Tribune, représentant des organes d’information comme l’Associated Press, le London Times, plusieurs journaux new-yorkais, le Chicago Times et le Chicago Tribune. Certains journalistes travaillaient pour plus d’une publication et acceptaient du travail supplémentaire que les comités parlementaires leur confiaient.
 
À tous points de vue, la fonction de correspondant à Ottawa pour un journal important revêtait un grand prestige.
 
Des personnalités marquantes du journalisme et de la politique au Canada ont travaillé à la Tribune à cette époque, notamment John Willison, rédacteur en chef du Globe; Joseph E. Atkinson, rédacteur en chef du Toronto Star; Joseph-Israël Tarte, rédacteur en chef d’un journal québécois et ultérieurement ministre; John Dafoe, rédacteur en chef du Winnipeg Free Press; Edward Farrer, rédacteur en chef et écrivain influent; Grattan O’Leary, sénateur conservateur; Charles Mackintosh, maire d’Ottawa; et Fernand Rinfret, maire de Montréal et secrétaire d’État fédéral.
 
Certains d’entre eux ont été immortalisés durant les années  1950 comme en font foi les sculptures à l’entrée de la salle de lecture parlementaire, appelée l’entrée des courriéristes parlementaires (voir http://www.parl.gc.ca/About/House/collections/heritage_spaces/honour/reading/reading-f.htm).
 
Lors de la reconstruction des édifices du Parlement, la Tribune s’est installée dans de nouveaux bureaux dans l’édifice du Centre en 1920. Surnommés le « Hot Room », ces bureaux comportaient un salon ainsi qu’une salle de travail pour les journalistes et les employés de la Tribune.
 
Grâce aux pressions exercées par le président de la Chambre des communes et certains députés, les journalistes de la radio et de la télévision ont pu obtenir le statut de membre de la Tribune en 1959. Avec leur arrivée, la Tribune a vu ses rangs grossir rapidement, de quelques dizaines de membres à plusieurs centaines. Le «Hot Room» s’est mis à déborder et un labyrinthe de bureaux s’est formé dans le corridor à l’extérieur.
 
Le gouvernement de Lester B. Pearson a réglé la situation en proposant la location d’espace dans l’ancien édifice de Norlite Insurance, au 150, rue Wellington, pour en faire l’Édifice national de la presse, réservé aux médias. Situé au rez-de-chaussée de l’Édifice, l’Amphithéâtre national de la presse a été inauguré pendant la rénovation du « Hot Room » sur la Colline. Plus tard, on a aménagé la salle Charles‑Lynch, au sous-sol de l’édifice du Centre, pour les entrevues et les conférences de presse.
 
La Tribune de la presse a été incorporée en 1987. En 2015, elle comptait environ 350 membres permanents et 30 membres supports de presse.
  • Tribune de la presse de la Chambre originale
  • Tribune de la presse à l’édifice du Centre, en 1921
  • Locaux de la presse dans le corridor nord de l’édifice du Centre, vers 1965
  • Édifice national de la presse
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